– Ecoutez Mon nom ( Je suis Sourde )

C’est le vent d’orage, c’est le vent de tempête. C’ est le vent de la mer, du nord ; du froid , de l’eau.
Anna. Un autre regard, d’autres yeux, d’autres cheveux, une autre bouche. Une autre pensée – au déroulement lent et sûr : et je pourrais sourire comme une reine ; avec la main qui se poserait sans heurt, et tout le corps comme au fond d’un eau, fondu dans tout ce qui l’entoure. REINE. Mais je m’éveille, je commence, je travaille – Je vois déjà non loin un matin, riche au moins , sans rêve ; Seulement maintenant, je viens de m’éveiller. Voilà , avec la tourmente , les courants, un souffle noir qui pénètre déjà.

Bernard-Marie Koltès, Des voix sourdes, extrait.

 Dessins: Lara SerreriImage

Ecoutez mon nom, écoutez le nom d’Anna . Ah, j’en suis sûre, je sais que vous allez l’oublier, je suis sûre que vous l’avez déjà presque oublié. Mais cela ne fait rien. Il est passé à vos oreilles comme les souffles immobiles juste avant un orage ; un jour vous le reconnaîtrez.  Je suis celle qui est enfouie sous tant de choses, cachée si loin au fond des terres , que cela est comme si je n’existais pas. Mais j’existe – ( et les légers courants qui font croire que tous les vents sont morts ne disent rien de l’orage à venir aux sens qui ne demandent rien ).   Je suis Anna , entendez vous ? Prenez le , ce nom , comme il arrive à vos oreilles ; maintenez – le noyé là , dans cette obscurité , de tout votre poids . Il resurgira un jour . Car je suis celle que vous ne connaissez pas encore , mais qui peut tenir les commandes de vos haines et de vos désirs et de cette quantité de passion dont vous disposez quelque part , et tout cela est prêt à réagir à un seul nom . Laissez , laissez Anna au fond de son oubli ; laissez-la s’enfoncer comme dans un marais dans l’oubli et l’ignorance . Seule , elle se rappellera . Je suis de la race des noms qui poussent tout à coup en n’importe quel lieu , et poussent encore des branches et des branches accrochées aux branches , qui recouvrent bientôt un grand morceau de terre.

Bernard-Marie Koltès, Des voix sourdes, extrait.

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